Département de l’Ariège, Arrondissement de Foix, chef lieu de canton




Altitude : 394 / 941 m

Longitude : 1° 38’ 05’’ E

Latitude : 42° 56’ 04’’ N

(Carte: Conseil Général de l’Ariège)

Surface : 793 ha



Démographie :

1806 : 578

1851 : 946

1856 : 902

1901 : 753

1921 : 647

1946 : 618

1962 : 1007

1968 : 1265

1682 : 1376

1999 : 1319



S’appelait « Montgranier » ou « Montgrenier » au début du moyen âge. Montgrenier (plaine fertile et devenue grenier des comtes de Foix)

Nom des habitants : Montgaillardais et Montgaillardaises



Approches historiques :


Selon certains auteurs, un poste romain fortifié fut construit au sommet du Pain de Sucre de Montgailhard (en Ariège) et servira de tour de guet avec Carol-Cast (Roc de Carol sur la commune de Saint-Paul), Montoulieu et Foix.

Une chose est sure : un château y était établi. Au concile de Lavaur, en 1212, le comte de Foix met, comme garantie, le château de Montgranier dans les mains du roi d’Aragon, Pierre. De même, Mongailhard appartient à l’abbaye Saint Volusien de Foix.

En 1215, il est dit que le château venait d’être « reconstruit » par le comte de Foix, alors que Roger-Bernard s’y réfugie face à l’armée de Simon de Montfort et qu’il dut remettre à l’église romaine le château de Foix en gage de soumission.

Le château est assiégé, sans résistance, par ce même Simon de Montfort pendant la croisade contre les albigeois. Le siège de Montgrenier commence le 6 février 1216 ; Après sa capitulation, la veille de Pâques, le château est alors en partie détruit. ; reconstruit par Roger-Bernard II et remis en gage au roi de France lors de sa soumission qu’il a faite à Saint Jean de Verges le 16 juin 1229 (de même que ceux de Foix, Lordat et Montréal, près d’Auzat) ; rendu par Philippe III en reconnaissance de l’aide apportée par Roger Bernard II au siège de Pampelune. 

Ce château abrita la retraite de Pierre-Roger de Mirepoix après la chute de Montségur.

Le 18 des calendes de septembre 1259, Roger, comte de Foix, accorde une charte de franchises et de libertés à Montgailhard

A noter l’avis de Cl. Pailhès dans son livre  « Le comté de Foix, un pays et des hommes  » (p. 39):  « La charte comtale de Montgailhard (1259) sous-entend une fondation de population par ses clauses de délimitation de terrains à bâtir par les nouveaux venus »


Dans le rôle des feux du comté de Foix, en 1390, « Mongalhard » comprend 51 feux, ce qui ferait selon Voltaire 230 habitants. Y est mentionné 1 des 59 moulins du Pays de Foix

1408 : l’Inventaire des archives de la tour ronde du château de Foix (P. 304) nous apprend que « les titres (des habitants) ont été brûlés lors des guerres de Roussillon »

A noter que selon Dufau  de Maluquer, le notaire Pey del Vernis, père du célèbre chroniqueur Miquel del Vernis (du Bernis), qui fut créé notaire de Foix par Gaston Phoebus le 9 septembre 1381 en son château de Mazères, y possède des biens dont le moulin de Montgailhard (à la rivière de « Sias » et la place publique)

L’autre chroniqueur du comté de Foix, Arnaud Esquerrier : bayle de Montgailhard, est cité pour la 1ère fois, dans un acte du 6 octobre 1438, mentionnant aussi Me Miquel de Vernis, notaire. Dès 1445, il remplissait les fonctions de notaire et trésorier du comté de Foix. C‘est en cette dernière qualité, qu’il fut chargé, au printemps de l’année 1446 , par Eléonore, de procéder à la réformation domaniale d’une partie du pays de Foix. Un titre, du 22 novembre 1447 le qualifie « discret Me Arnaud Esquerrier, notari de Foixs et thessaurer del comtat de Foixs, comissari per la egregia et poderosa dona madona Leonor, infanta de Navarra, comtessa de Foixs et de Bigora, a reintegrar et reformar los dreytz, cesses et senhorias dels locx, cossolatz, baylias et castelanias de Foixs et de Montgalhard, apertinens a mossenhor lo comte de Foixs »

 

En 1446 : Esquerrier dit que Montgailhard est une châtellenie qui ne comprend que Montgailhard. 3 coseigneurs la dirigeaient : le roi, l’abbé de Foix et le seigneur de Montgailhard. Le château de Mongrenier possède, alors, une garnison.

Mongailhard est le théâtre d’évènements lors des guerres de religion. Plusieurs faits sont relatés dans le « Mémorial Historique » de J.J. Delescaze. Les habitants se convertissent, en 1568, à « l’hérésie » (protestantisme) après la prise de Tarascon par le sire Daudou. Refuge, en 1569, de Huguenots (au château de Las Agulhes, entre Montgailhard et Caraybat, « d’où ils terrorisaient les populations environnantes ») qui s’enfuient à l’approche des catholiques de Foix ; ceux-ci brûlent le village et prennent la balustre qui séparait le chœur et la nef de l’église ND de la Place de Montgailhard (d’un « poids de 22 quintaux 14 livres ») et l’emportent pour s’en servir de portail au pont de Foix.

Durant les guerres de religion, les offices religieux du chapitre de Foix (réfugié à Celles) se font dans l’église de Montgailhard, appelée église ND de la Place


Quelques années plus tard, Mongailhard s’illustre par un fait de sorcellerie : Les consuls de Montgailhard  (dont un nommé Arnaud Lacanal) font prisonnier en 1586 Jean Coudrier, dit Petit, sorcier et 12 femmes de Montgailhard accusées de sorcellerie. Coudrier avec 5 femmes par lui accusées et qui le reconnaissent sont condamnés à être pendus, étranglés et brûlés au lieu dit l’Oratoire de Montgailhard. La chambre de justice, établie à Pamiers pendant les troubles de la guerre de religion confirme en 1586 la sentence de mort prononcée contre les sorciers et sorcières de Montgailhard par les consuls de ce lieu. Ce qui fut fait ; Les autres femmes, emprisonnées, peuvent s’évader avec la complicité de leurs parents et amis et quittent le pays.

Un moment de gloire : Le siège de la  sénéchaussée du Comté de Foix fut un temps transféré à Montgailhard (le 9 mai 1635) par arrêt du parlement de Toulouse, puis rétablie à Foix le 5 mars 1636.


Le roi Louis XIII considère que les garnissons du château de Montgailhard n’est « en aucune façon nécessaire pour la conservation du Pays de Foix » ordonne que le château de Montgailhard (et celui de Merens) soit rasé par le sieur de Fontvive (25 avril 1638). Le sieur de Lisle procédera, sans tarder à sa démolition et à son rasement Cependant, en 1673, le dénombrement de Barrière-Flavy signale qu’il reste encore une tour carrée.

Extrait des registres du Conseil d’Etat :

« … ordonne que lesdits chasteaux de Montgaillard et Mérens seront rasés par le sieur de Fonvive… Fait au Conseil d’Estat du roy, sa Majesté y estant, tenu à Sainct-Germain en Laye le vint-cinquième jour d’avril 1638 »

« … Ayant esté pleinement informé de l’estat de nostre dit Comté de Foix et du peu de besoing qu’il y a d’entretenir les garnisons des chasteaux de Montgaillard, Mérens, Son et Quérigut… et mesme nous avons ordonné la démolition et rasement des susdits chasteaux de Montgaillard et Mérens, comme inutiles… Vous ferez travailler tout incontinent au rasement et démolition des susdits chasteaux de Montgaillard et Mérens par corvées des habitans des lieux circonvoisins, sous l’emploi dudit sieur de Fonvive… Signé : Louys »

« Et le 5 de juillet audit an, par ordre dudit seigneur gouverneur et sous l’employ dudit sieur de Fonfive, a esté procédé à la démolition et rasement dudit chasteau de Montgallard, dit de Mongranier, jadis basty par ordre de Rogier Bernard, dit le Grand, qutriesme du nom et sixiesme comte de Foix, et autrefois démantelé et ruyné paar l’armée du comte de Montfort en l’an de grâce 1216, au mois de février. »


Jusqu’à la Révolution, Mongailhard avait le privilège du droit d’entrée aux États de Foix par un député ordinairement le 1er consul et était siège de justice 

Le Terrier de Saint Paul (de Jarrat) montre que la vigne est une production importante du bourg, avec des vignobles s’étendant vers l’Ayroule de Saint-Antoine (actuelle voie Foix-Tarascon)

Parmi les seigneurs de Mongailhard, signalons la famille de Luppé, de Lourdes et les prestigieux seigneurs de Gudanes.


Le 13 juillet 1746 : Jean Pierre de Sales de Gudanes reçoit en donation de Claude Louis de Lourde, seigneur et marquis de Montgailhard, la nue propriété du château, de la terre et de la seigneurie de Montgailhard

Louis Gaspard de Sales de Gudanes (1707-1796), fils de J.Pierre,  baron de Château-Verdun et d’Aston, seigneur de Montgailhard, Luzenac et autres places (en 1768) est connu sous le nom de « roi des Pyrénées ».

Vente de Montgailhard vers 1765  à la dame Marianne de Gailhard, épouse de Carrère, autre co seigneur de ce lieu qui demande l’autorisation d’établir le livre terrier en 1765 (ADA, B 137).

 Louis Guillaume Antoine de Mengaud, baron de Château-Verdun devient seigneur de Montgailhard par son mariage, le 20 avril 1768 avec Marie Thérèse de Salles, fille unique de Louis Gaspard de Salles, marquis de Gudanes.

En 1781, dame Gailhard donne ses biens de Montgailhard à son beau-frère A.G. de Carrère, conseiller de Grand’Chambre au Parlement de Toulouse et vicaire général d’Auch.


A la Révolution, Mongailhard devint l’une des 6 communes du canton de Saint-Paul (de Jarrat) qui fut supprimé en 1801 et rattaché au canton de Foix 

En 1896, Montgailhard comporte 210 maisons, 221 ménages pour 805 habitants

Au début du XXème siècle : sont habités, outre Mongailhard-Village, le hameau de Tramezaygues et les métairies de Saint Genès, de Brassacou, de Le Cussol. 4 instituteurs y officient et le moulin à farine fonctionne.



Patrimoine :

Pic du Pain de Sucre sur lequel se trouvait le château de Montgrenier (démoli sur ordre de Louis XIII)

Forges de Pyrène : martinet du 18, 19ème. Créé pendant la Révolution à l’emplacement d’un moulin à fer mentionné dès le 15ème ; Transformé vers 1860 en taillanderie. Racheté par le département en 1987 ; inscrites aux MH le 29/11/1993, elles sont transformées en musée des « métiers d’autrefois » (120 métiers, 6500 outils)


Église Saint Genest (19ème)

ADA, G 59: visite épiscopale en 1700 à l’église saint Genés: « nous ordonnons qu’on fermera le reliquaire en sorte que personne ne puisse ouvrir et défendons qu’on mette le soleil sur le reliquaire. Nous ordonnons qu’on portera le pain bénit qu’à ceux à qui il appartiendra de droit, qu’on le distribuera à la porte de l’église au peuple, qu’on donnera une des trois clefs du coffre de l’églis à un des consuls. On mettra une grande croix au milieu du cimetière. Qu’on fera faire lorsqu’il y aura quelques fonds deux crédences qui respondent au maître autel. La défense de tenir des servantes »


Calvaire (ancien emplacement de l’église primitive ?)


Petite chapelle saint Roch : bâtie selon la tradition pendant une peste qui décima le pays en 1596:

ADA, 8 V 9 sur l’état des chapelles en 1903, le maire déclare: « Où le desservant dit la messe 2 ou 3 fois par an et à laquelle il se rend processionnellement »


Oratoire (privé) où furent brûlés 5 sorciers du village au 16ème

Bâtisses anciennes


Platane du quartier de Loumet (signalé par l’Agence des Arbres): pour célébrer la Révolution de 1848





Pour en savoir plus…

Archives:

1638 : Le château de Montgailhard entièrement rasé : 1 J 6

1765 : Déclarations des biens tenants de Montgailhard (1765-1768) : E 54

Délibération du conseil politique, 1607-1795 : ADA, 197 EDT  BB1-10

Visite de l’église, octobre 1636 et en 1672 : ADA, G 58

Agrandissement de l’église, 1674 : ADA, G 233 n° 36

Ordonnance de visite de l’église, 1700 : ADA, G 59

Reconnaissance des habitants, 1765-1773 : 8 J 40

Sentence du gouverneur de Foix relative à l’agrandissement de l’église de Montgailhard (7 mars 1674) : ADA, G 233 (36)

Affaire du meurtre de Me Arnaud, curé de Montgailhard (18 juillet 1645) : ADA, G 60 (18-60)

Forge de Fontaines frères à « Mont-Gaillard ».Plan, An V-1823: AN F/14/4302 (dossier 22)

Plans divers et dossiers: ADA 2 O 1057 à 1064 (école, restaurations à l’église, eau…)


Bibliographie:

Sur les guerres de religion à Montgailhard : J.J. Delescazes « Mémorial Historique »

M.T. Bonnefant : « Les forges à roue hydraulique et à martinet de Montgailhard (Ariège) et la fabrication d’outillage pour la viticulture en Roussillon », 105éme Congrès national des Sociétés savantes, 1980

V. Martinez : « Un village du comté de Foix à la fin de l’Ancien Régime : Montgailhard », mémoire maîtrise Histoire, Toulouse Le Mirail, 1984

Patrice Poujade: « Les ventes de biens fonciers au XVIIIe siècle : l’exemple de Montgailhard (diocèse de Pamiers) 1731-1786 », Revue de Comminges, octobre-décembre 1994, pp. 499-519.



Célébrités :

– René Roques : romancier né à Montgailhard en 1900 ; mort à Paris vers 1970; une quarantaine de romans (dont beaucoup ont été censurés…)

– Constant Joulé: secrétaire général de la FD radicale, désigné comme membre du « Comité Cadillac » lors du congrès radical de Lyon en octobre 1951 ; maire de Montgailhard

– Au cimetière de Montgailhard, se trouve la tombe d’Irénée Cros

– Nicolas Kessler: Sculpteur; Auteur de l’ « Humanité » à Foix (pour fêter le passage de l’an 2000) dont une réplique a été érigée à Blotzheim dans le Haut-Rhin; réplique de la statue du lavoir de Saint-Paul de Jarrat (qui avait été volée en 1990)



Terrier, 1592 (Aux ADA)

Compoix, 1772

Registre de catholicité le plus ancien : 1694


(Étude : J.J. Pétris)